Analyse des risques et vulnérabilités

Introduction : 

Madagascar est régulièrement confronté à une grande diversité de cataclysmes. La fréquence des catastrophes et leur localisation sont telles, que quelle que soit l’année, il n’est pas rare qu’une des régions malgaches soit confrontée à un cataclysme. Ce chapitre se propose d’analyser le profil des cataclysmes qui affectent Madagascar. Les modifications globales qui sont en cours, avec lesquelles toute stratégie de gestion des cataclysmes devra être cohérente et surtout auxquelles la stratégie devra s’adapter, sont mises en relief dans ce chapitre. Le cadre de travail et la structure institutionnels existants sont également évalués, dans le but de proposer des dispositifs institutionnels améliorés pour la gestion et la coordination des Risques et des Catastrophes à Madagascar

1. Profil du pays, contextes écologiques et statistiques démographiques

  • Profil :

Madagascar est la quatrième plus grande île du monde et compte de nombreuses petites îles périphériques. Elle est située dans le canal du Mozambique, le long de la côte sud africaine, au sud-ouest de l’Océan Indien. Ses principales caractéristiques géographiques et climatiques sont constituées par une plaine côtière étroite bénéficiant d’un climat tropical chaud, par des montagnes et des hauts plateaux tempérés, dans le centre, qui occupent 2/3 des 587 000 km² qui constituent la superficie totale du pays, et par une partie méridionale aride, typique des régions situées sur le tropique du Capricorne. L’île possède 4.828 km de côtes, s’étend sur 1.500 kilomètres de long entre le Cap d’Ambre à l’extrême Nord et le Cap Sainte-Marie au Sud, et sur près de 500 km dans sa plus grande largeur. Ses caractéristiques physiques et topographiques peuvent être appréciées sur la carte 1 de la page suivante.  

L’organisation territoriale actuelle comprend six Provinces ou Faritany : Antananarivo, située en plein cœur de l’île; Toamasina, dans la partie orientale de l’île; Antsiranana, dans la partie septentrionale de Madagascar; Mahajanga, située dans la partie occidentale du pays; Fianarantsoa, située dans la partie sud des Hautes Terres; et Toliary, située dans la partie Sud du pays, le long du Canal de Mozambique.

Selon le découpage administratif en vigueur, Madagascar compte 22 préfectures ainsi que 111 sous-préfectures ou Fivondronana. A l’exception des grandes divisions au niveau provincial, le découpage administratif sera modifié, au fur et à mesure que Madagascar mettra en place sa politique de décentralisation et d’autonomie des provinces (voir la carte 2 : Découpage Administratif, page suivante).

Carte 1 : carte physique de Madagascar

Carte 2 : Découpage Administratif (source VAM/USAID)

  • Contextes écologiques :

La situation géographique, la forme du relief, l’influence maritime et le régime des vents sont la cause de conditions climatiques très variées. On distingue principalement deux saisons climatiques séparées par deux courtes intersaisons d’un mois chacune :  la saison chaude, de Novembre à Avril, et  la saison fraîche, de Mai à Octobre.

La pluviométrie est très variable, pouvant aller de 400 mm à 2300 mm selon les régions.  La côte Est demeure la plus arrosée, c’est aussi la région la plus exposée aux cyclones tropicaux qui se forment dans l’Océan Indien alors que le Sud de Madagascar est la moins arrosée.

Le sol malgache recèle des ressources minières importantes dont quelques-unes  seulement sont mises en valeur :  le graphite, le chromite, le quartz, le saphir, l’émeraude, l’or.

Les sols cultivables représentent environ 9.500.000 hectares dont seuls 24% sont exploités par divers types de culture spécifiques à chaque région.  

L’île compte plusieurs lacs continentaux aux particularités biologiques propres mais qui sont actuellement menacées (pollution, ensablement, surexploitation). Les ressources marines et halieutiques sont très importantes, les zones de fonds chalutables offrent près de 568.470 tonnes de produits aquacoles.

  • Statistiques démographiques :

Selon le dernier recensement de la population, de 1993, la population était de 12.238.914 habitants avec un taux de croissance annuel de 2,8%, ce qui fait une estimation de 14.873.387 habitants en 1999. Soixante dix-sept pour cent de la population vit en milieu rural et 23% dans des zones urbaines. Les villes principales connaissent une forte concentration de population. L’exemple de la capitale Antananarivo est significatif : la capitale qui est également une province, occupe moins de 10% de la superficie du pays, mais compte plus de 29% de la population totale. Néanmoins, il existe une inégalité de la répartition spatiale de la population. En effet, 13% du territoire, constitué par les Hautes Terres, concentre plus de la moitié de la population.   

Bien que la majorité de la population soit malayo-indonésienne avec des métissages arabes et africains, les Français, les Indiens, les Créoles et les Comoriens constituent un groupement de population dont l’importance économique est significative. Le malgache est la langue officielle, mais le français est une seconde langue très largement utilisée. Il existe 18 groupes ethniques différents dispersés dans toute l’île principale, possédant leurs propres dialectes, coutumes et traditions.  

La population est très attachée à ses traditions et chaque communauté, chaque ethnie a des perceptions locales particulières des catastrophes. Chaque us, coutume et habitude propre peut avoir ainsi des impacts notables sur la gestion des risques et des catastrophes et devrait par conséquent être considéré dans une gestion des risques et des catastrophes efficace (compréhension des messages ; facilitation des analyses de vulnérabilité ; lutte contre la mauvaise pratique culturale comme la culture sur brûlis par les migrants).

Environ 45% de la population a moins de 15 ans, tandis que seuls 3% ont 65 ans et plus. L’explication de ce phénomène provient en partie d’une espérance de vie moyenne de 40 ans, qui est l’une des plus faibles au monde. Pour de vastes portions de la société malgache, la situation du développement humain en matière d’éducation, de santé et de services de base est également alarmante. Moins de la moitié des enfants d’âge scolaire vont à l’école. Cinquante trois pour cent des adultes sont illettrés. Soixante dix neuf pour cent de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que plus de la moitié ne peut accéder à des services de santé de base. La participation des femmes au pouvoir de décision reste modeste. Leur implication est pourtant indispensable pour une gestion des risques et des catastrophes efficace notamment dans les activités de prévention.  Presque la moitié des enfants de moins de cinq ans sont sous-alimentés. Madagascar connaît aussi un des taux de pauvreté humaine les plus élevés dans le monde. La Banque Mondiale a évalué la pauvreté à Madagascar et les résultats montrent que 75% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté alors que 63% sont dans un dénuement total. Le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant était de 263 USD en 1999.  

L’environnement de Madagascar, l’un des écosystèmes les plus exceptionnels et les plus fragiles au monde, se détériore très rapidement. Les principaux problèmes environnementaux auxquels Madagascar est confronté, sont l’érosion du sol due au déboisement et à l’exploitation à outrance des pâturages ; la désertification, la contamination des eaux de surface. Les feux de brousse détruisent plus de 200 000 ha de forêt chaque mois. Sans la mise en place urgente de mesures, les projections montrent que seuls 6 millions d’ha (12%) sur les 25% restants, existeront encore en 2015. Ces pratiques ont augmenté de façon exponentielle la fragilité physique de Madagascar par rapport aux événements climatiques graves, comme l’ont montré les glissements de terrain et les ravinements provoqués par les pluies torrentielles et les cyclones dans les chaînes de montagnes du nord-est. Les conséquences des dégradations de l’environnement sur la sécurité alimentaire du pays sont sérieuses, à cause de leur impact sur la productivité agricole et du coût croissant des infrastructures. Les régions dont l’économie dépend de l’exportation de produits forestiers risquent de perdre des sources substantielles de revenus. L’environnement de Madagascar est de plus en plus vulnérable aux impacts du changement climatique mondial, ce qui aggrave encore le problème et rend le secteur forestier vital à la fois pour la protection de l’environnement et pour la réduction globale des risques et des catastrophes.

La base économique  

Le secteur primaire occupe une place essentielle dans l’économie malgache.  Bien qu’il mobilise la quasi majorité de la population active de Madagascar (75,4 % de la population active travaille dans le secteur agricole) et contribue pour 80% aux exportations, il ne contribue que pour environ un tiers au PIB.  Les principales activités du secteur primaire sont : l’agriculture, avec principalement les cultures vivrières (riz, maïs, patate douce, manioc), les cultures d’exportation et les cultures industrielles (coton, canne à sucre). Les cultures d'exportation représentent plus du tiers des recettes, notamment le café qui constitue la principale source de devises du pays.  De plus, Madagascar est le premier producteur mondial de vanille et le deuxième exportateur mondial de girofle. La pêche, qui génère des devises pour Madagascar principalement la pêche maritime grâce à l’exportation de crevettes, représente la deuxième source de devises. L’élevage, une activité complémentaire à l’agriculture.   

Le secteur secondaire n’occupe que 3% de la main d’œuvre et 15% du PIB.  Les industries agroalimentaires, les industries textiles, du cuir et de l'énergie constituent l’essentiel de ce secteur.  Il est caractérisé par une forte concentration géographique, la province d'Antananarivo regroupant plus des deux tiers des entreprises industrielles du pays.  

La part du secteur tertiaire (52,3% du PIB en 1999) comprenant le secteur informel est prépondérante à Madagascar. C’est le secteur qui contribue le plus au PIB, à travers ses différentes branches d’activité (tourisme, transport, télécommunications). Le secteur tourisme est le troisième secteur national pourvoyeur de devises après le café et la pêche.  

Infrastructures et réseaux de transport   

Les réseaux de communication et de transport sont faibles, à Madagascar. Bien que les services téléphoniques semblent supérieurs à ceux qui existent dans nombre de pays africains, de grandes zones du pays ne sont joignables que par communications radio et dans certains cas, par courrier entre les centres administratifs et les villages environnants. La plupart des infrastructures importantes telles que les voie ferrées et le port, sont en mauvais état et nécessitent des réparations urgentes. De nombreuses régions du pays sont isolées des routes principales, et parfois complètement coupées du reste du pays lors de conditions climatiques graves. Le haut plateau central sur lequel se trouve la capitale Antananarivo n’est pas relié aux zones nord et sud du pays par des routes supportant toutes les conditions climatiques. Des glissements de terrain provoquées par de récents cyclones, sur l’artère principale du pays, la Route Nationale 2, avaient complètement bloqué les voies d’accès à Antananarivo, handicapant sérieusement le transport des marchandises en provenance ou à destination de la capitale.  

Madagascar dispose de 6 ports long courrier internationaux et de 12 ports de cabotage permettant de répondre aux besoins de la communication maritime avec l’étranger:  

Un système ferroviaire déjà vétuste existe avec quatre (4) réseaux totalisant 883 km de long. Le trafic est actuellement limité en l’absence d’un renouvellement des équipements.    

57 aérodromes sont ouverts à la circulation publique, dont 3 aéroports internationaux, 14 aéroports munis de bloc technique et 40 aérogares sans bloc technique. Il est enfin à noter l’insuffisance très marquée des infrastructures de santé, d’éducation, d’eau potable et d’assainissement.

2. Profil et historique des cataclysmes

  • Les phénomènes naturels et leurs impacts :

La situation géographique de Madagascar, son relief et le régime des vents rendent le pays vulnérable à un large éventail de risques naturels.

Tableau 1 : Les 10 cataclysmes naturels les plus importants à Madagascar

Cataclysme

Date

Personnes tuées

Personnes touchées

Cyclone tropical

2 février 1994

304

357 217

Famine

15 mars 1992

200

-

Cyclone tropical

13 janvier 1994

200

540 043

Cyclone tropical

24 janvier 1997

140

600 000

Cyclone tropical

20 décembre 1981

107

168 000

Cyclone tropical

14 février 1972

91

2 510 056

Sécheresse

1981

-

1 000 000

Sécheresse

22 mai 1992

-

950 000

Cyclone tropical

10 janvier 1976

16

508 876

Sécheresse

16 décembre 1990

-

250 000

Source : « EM-DAT : les Données Internationales sur les Cataclysmes OFDA/CRED, Université Catholique de Louvain, Bruxelles, Belgique »                                          

Madagascar est confronté à quatre aléas naturels principaux, à savoir : les cyclones et tempêtes tropicales, les inondations, la sécheresse, qui sont d’origine météorologique et enfin les invasions acridiennes.

1. Les cyclones et tempêtes tropicales

Phénomène associant le vent et l’eau, le cyclone représente une des premières causes de catastrophe naturelle à Madagascar. La saison cyclonique s’étend du 1er novembre au 30 avril, la période la plus active étant située entre mi-décembre et mi-mars.  

En 32 ans, de 1968 à 1999, le pays a subi 21 perturbations significatives, qui ont touché au total près de 5.234.653 personnes, engendrant 444.900 sans abris et 1.267 décès. Les dommages qu’ils ont causés durant cette période sont estimés, au total, à plus d’un milliard de dollars US (voir tableau 2 ci-après).

Tableau 2 : Les cyclones et tempêtes tropicaux qui ont frappé Madagascar de 1968 à 1999

Année

Nom

Décès

Blessés

Sans abris

Pers. Affectées

Total

Affectés

Dommages US ('000s)

1968

 

29

 

10.000

65.000

75.000

3.100

1969

 

81

40

3.000

40.000

43.040

5.000

1970

 

70

 

 

10.000

10.000

11.400

1972

 

91

56

10.000

2.500.000

2.510.056

12.420

1975

 

7

50

 

10.000

10.050

 

1976

 

16

26

8.850

500.000

508.876

17.000

1977

 

10

 

 

30.000

30.000

350.000

1978

 

70

 

 

18.000

18.000

29.000

1981

 

107

 

50.000

118.000

168.000

250.000

1982

 

100

 

117.000

 

117.000

 

1983

 

42

100

 

13.560

13.660

25.000

1984

 

68

215

 

100.000

100.215

250.000

1986

 

99

424

 

83.885

84.309

150.000

1989

 

46

 

1.050

55.346

56.396

 

1991

Cynthia

36

0

125.000

125.000

250.000

 

1994

Daisy, Geralda

200

43

40.000

500.000

540.043

10.000

1994

Nadya

12

8

 

 

8

 

1994

Litanne

 

 

 

 

 

 

1996

Bonita

9

 

 

100.000

100.000

 

1997

Gretelle

140

 

80.000