Jean Laborde, sa personnalité, l’expulsion
Nous avons parlé de ce que Jean Laborde a fait. (Vous pourrez lire en Annexe 1 une liste plus exhaustive dressée par le journal Resaka, après sa mort, en 1879.)
C'était donc un très gros travailleur doté d'une vive intelligence.
Quand il arrive à Madagascar, le traité sur l'abolition de l'émigration d'esclaves était signé depuis peu. Mais rien n'était prévu pour supprimer l'esclavage dans l'île elle-même. Or, c'était une pratique courante, comme dans la plupart des pays du monde. En utilisant des esclaves, Jean Laborde ne faisait donc que suivre les habitudes de son temps.
Cependant, il semble qu'il ait fait ce qu'il pouvait pour adoucir le sort de ses travailleurs. Il les logeait, les nourrissait en partie et leur distribuait des "primes" sur ses propres gains .Il s'était pris d'affection pour le Prince RAKOTONDRADAMA qui l'appelait "Père". Il passait de longs moments avec lui pour l'ouvrir aux faits du monde extérieur. C'était par ailleurs un "homme du monde". Il recevait beaucoup quand il était à Tananarive. Les banquets qu'il donnait étaient somptueux et les voyageurs qui sont passés chez lui ne manquent pas d'en faire état.
Il avait sa propre fanfare pour accueillir les invités et les divertir.
Il faisait l'admiration des jeunes qui se pressaient sur son passage. Quand il rentraient chez eux, ils prenaient les mêmes pauses que lui.
Invité au Palais, il portait le plus souvent un habit bleu à revers marrons. Il était suivi par trois serviteurs dont l'un portait sa canne, l'autre son manteau ; le troisième était chargé de veiller à ce que l'habit ne fasse pas de plis quand il s'asseyait.
Il enseignait la danse aux jeunes de l'entourage des dignitaires et menait quadrilles, polkas et valses.
Il était catholique fervent et après l'expulsion des protestants en 1 835, les seuls vazahas restés étaient de LASTELLE et lui-même, il attendait son heure pour introduire le catholicisme.
L'occasion se présenta lorsque le frère du Premier Ministre que la Reine aimait beaucoup dut se faire opérer du nez. Jean Laborde prit contact avec le professeur Milhet-Fontarabie qui déclara avoir besoin de deux aides. Sans doute Jean Laborde suggéra-t-il de les choisir parmi des missionnaires. Ce qui fut fait. C'est ainsi que le Révérend Père Weber et le Réverend Père Jouen débarquèrent avec le professeur. L'opération réussit fort bien mais il fut proposé que les assistants restent pour suivre la convalescence du malade.
Par ailleurs le Père Finaz, venu avec Lambert, disait la première messe secrète chez Jean Laborde à Ambohitsorohitra en présence du Prince Rakotondradama et de son épouse Bodo. Quand les missionnaires furent de nouveau autorisés à entrer sur le territoire, Laborde leur fut d'une grande assistance.
Mais la Reine vieillisait. Elle prenait des mesures très impopulaires.
Le tanguin (poison) était administré sans motifs. Le Prince était écoeuré.
Il avait fait contacter Napoléon IIl pour que la France impose son protectorat à Madagascar, ce qui était resté lettre morte. En 1847, un groupe ourdit un complot pour destituer la Reine. Jean Laborde est dans l'affaire, mais il y a des fuites et les comploteurs sont arrêtés. Tous les "Vazahas" (européens) de l'entourage de Jean Laborde, Lambert, Ida Pfeiffer et consorts sont expulsés dans les 24 heures. Jean Laborde aura un sursis.
Quand la garde qui l'a escorté à Tamatave remonte et annonce son départ, c'est le saccage de Soamanampiovàna (Mantasoa).
L'année suivante, un Prince de passage à Mantasoa mettra toute son énergie à piller et détruire tout ce qui pouvait l'être, sauf la maison.