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1684 - 1724 : L’époque des pirates Les pirates Abandonnée par les gouvernements européens, la côte malgache devint le repaire des pirates. La piraterie, suivant les galions espagnols, avait fleuri dans l’Atlantique au XVIè siècle puis, sous sa forme organisée, la flibuste s’était épanoui aux Antilles au siècle avant. Mais la colonisation des îles ne laissa bientôt plus de place aux pirates et nombreux d’entre eux vinrent s’installer à Madagascar. La Grande Ile leur offrait ses côtes sauvages, un pays libre où l’on trouvait un ravitaillement abondant et des indigènes accommodants, et surtout la proximité de deux grandes et riches routes maritimes : celles des compagnies européennes des Indes et celle de vaisseaux indiens ou arabes dans le golf d’Oman et la mer Rouge. Les prises consistaient en monnaie d’or et d’argent, pierres précieuses, tissu de l’Inde, épices et denrées tropicales, toutes marchandises rares et de grands prix. Dès 1687 les prises se multiplient, avec les établissements à terre et les contacts avec les Malgaches. Les pirates sont surtout anglais, français, américains. Williams, après un séjour à la Matitana, s’installe à Sainte-Marie, qui devient le quartier général des pirates. Trois grands noms marquent la fin du XVIIè siècle, ceux des trois capitaines de marine devenus pirates : Avery, que certains de ses biographes font vivre à Nosy Mangabe, au fond de la baie d’Antongil, avec la fille et les trésors du Grand Mogol ; le provençal Misson, intellectuel révolté, qui fonda, avec ses compagnons Caraccioli et Tom Tew, la République internationale de Libertalia, très probablement dans la baie de Diego Suarez non utilisée jusque là ; le capitaine Kid, qui fut pendu en 1701. Au début du XVIIIè siècle, les rades de Madagascar sont hantées par une foule de forbans dont seuls quelques noms nous sont parvenus : Burgess, Halsey, Thomas White, Howard. Ils fréquentaient Saint-Augustin et la côte nord-ouest (baie de Boina, de Mahajamba, de Bombetoka), mais surtout l’île Sainte Marie et la côte voisine : Ambanivolo (Fénérive ou Foulpointe), la pointe à Larrée (avec la rade de Titingue), Rantabe, la baie d’Antongil. Les rapports avec les naturels n’étaient pas toujours pacifiques, les pirates étant rudes et étalant un peu trop imprudemment leurs richesses. Libertalia fut ainsi détruite et pillée par les Malgaches. Mais d’ordinaire des échanges profitables s’établissaient ; les pirates s’installaient souvent définitivement, avec des ménagères malgaches, faisant souche de métis et participant à la vie du pays. Le forban américain North conduisit une expédition de guerre des gens de la côte de Ghalemboule jusqu’au Mangoro. L’Antillais James Plantain se proclamait "roi de Rantabe". La piraterie s’installait peu à peu à terre, prenant sa retraite. Mais vers 1720, les derniers pirates des Antilles, chassés de l’île de la Providence, se réfugièrent dans l’Océan Indien. England, Taylor, Condent, le Français La Buse se livrèrent à quelques exploits éclatants. Les guerres européennes étaient finies, le roi d’Angleterre envoya en 1721 l’escadre du commodore Matthews pour les poursuivre. Les forbans échappèrent, mais durent évacuer précipitamment Sainte-Marie et se le tinrent pour dit. Le gouverneur de Bourbon en 1724, réussit à attirer certains d’entre eux avec lettres de grâce. Dès lors les pirates ne firent plus guère parler d’eux. L’exécution de La Buse, pendu à Bourbon en 1730, leur fit apprécier leur vie paisible sur la côte malgache. Il ne semble pas qu’ils fussent en 1724, beaucoup plus de deux cents. A l’époque des pirates Les pirates n’avaient pas entièrement écarté de Madagascar le trafic régulier ; des navires américains avaient même fait de gros bénéfices en leur achetant leurs prises et en rapatriant certains d’entre eux. Des navires hollandais mouillèrent sur la côte ouest et à Fort-Dauphin. Les anglais ont sans doute développé la traite des esclaves dans le nord à Masselage et dans le sud, peut-être avec l’aide de certains forbans. Mais la compagnie française des Indes orientales, qui avait rejeté Madagascar, n’admettait pas que d’autres Français y trafiquassent. L’aventure la plus connue de cette époque en dehors des pirates est celle de Robert Drury, matelot d’un navire anglais qui fit naufrage en 1702 sur la côte Antandroy. Ses compagnons furent noyés ou massacrés. Lui-même devint esclave d’un chef et participa à plusieurs expéditions guerrières. Il s’enfuit, devint prisonnier des sakalava et finalement trouva un navire européen à la côte. Son séjour forcé avait duré seize ans et il avait oublié l’anglais. Il a laissé un récit de ses malheurs, avec un vocabulaire malgache doté d’une orthographe épouvantable. |